
Cambouis
Antoine Emaz
Éditions Seuil
(Collection Déplacements), 2009
Je n’aurai pas capté ce bleu : ce sera pour un autre jour. Il ne s’agit pas d’inspiration, seulement d’être momentanément conducteur, pour laisser passer à travers soi et le réel et la langue.
Peut-être fallait-il une situation légèrement différente, avec un peu plus de poids du réel, et une moindre surveillance de la langue… Un début de fatigue, ou d’ivresse ?
Étranges moments où l’on sait qu’un poème aurait pu s’écrire en déplaçant un peu les réglages intérieurs. Mais on ne sait ni quels réglages ni comment déplacer…
Peut-être fallait-il une situation légèrement différente, avec un peu plus de poids du réel, et une moindre surveillance de la langue… Un début de fatigue, ou d’ivresse ?
Étranges moments où l’on sait qu’un poème aurait pu s’écrire en déplaçant un peu les réglages intérieurs. Mais on ne sait ni quels réglages ni comment déplacer…
p. 37
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Je crois n’avoir jamais connu que des poètes fêlés. Qu’ils soient bons ou mauvais est une autre affaire, mais ce lien entre écriture et fêlure, oui. Et une fêlure d’être, profonde, pas l’égratignure sociale ou l’écorchure de vanité. Pas non plus des êtres cassés, sinon l’écriture cesserait. Des bancals, des boiteux d’être. Et chez les vrais lecteurs, de même, car il faut pouvoir l’entendre, ce son de cloche fêlée ou d’enfant qui pleure presque en silence.
p. 171
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Veiller à avoir plus de temps que ce que l’on a à faire. Dans le cas contraire, garder le temps, et réduire l’à faire. Impérativement conserver ces durées vides, ces marges flottantes… Moins pour se reposer que pour laisser décanter ou émerger. On n'écrit pas forcément, ce peut être un temps d’attente vague, de bilan, de désir et de tentatives mentales. Mais il faut conserver cette marge de manœuvre, comme une respiration nécessaire.
p. 218



